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L’utilisation des drones s’est vulgarisée dans le monde agricole depuis que leur usage a été autorisé pour les vols civils en 2012. Les champs d’action de ces nouvelles technologies ne cessent de croître, avec des capacités importantes de prise d’informations. Les Experts Fonciers sont de plus en plus nombreux à utiliser des drones dans leurs activités, dont l’évaluation des préjudices. En effet, le drone offre une image de simplicité,d’utilisation, d’avancée technologique, de fiabilité et de performance.

I - L’utilisation du drone en matière d’expertise agricole et foncière

1) Le drone au service de l’expert en assurances
Depuis les années 2000, la prise en compte des préjudices agricoles n’a cessé de se développer. Les exploitations agricoles se transforment en entreprises à la pointe de la technologie. Les enjeux économiques des sinistres sont ainsi de plus en plus conséquents. Les drones professionnels accompagnent à présent les Experts Fonciers lors de leur évaluation en leur offrant un soutien terrain de par leur vue aérienne. Dans certaines situations, il peut être difficile d’obtenir une vue d’ensemble du site sinistré. Le drone va offrir une vision globale des installations sans que l’expert n’ait à prendre de quelconques risques (amiante sur bâtiments, incendies sur local phytosanitaire, bâtiments instables, couverture photovoltaïque…). Il en va de même pour les expertises sur dommages aux cultures. Le drone donne la possibilité à l’expert de cibler son intervention avant d’entrer sur la parcelle. Les images prises en vol permettent de visualiser et d’identifier les zones impactées (tempête, excès d’eau, sécheresse, incendie, dégâts de gibier...).
 
2) Le drone au service de l’Expert Foncier
Le drone a aussi un rôle important sur des dossiers d’expertises foncières.Notamment dans le cas d’un dossier « état des lieux pour les entrées/sorties de baux ruraux ». Les images prisent permettent à l’Expert Foncier de situer à une date précise des caractéristiques topographiques et arborées d’une parcelle mise en location à un fermier. Ainsi, lors de l’état des lieux de sortie, l’identification d’une disparition de haie ou une mise en place d’une clôture renforcée sera facilement reconnaissable. Le champ d’utilisation des drones ne
cesse de s’étoffer, il peut accompagner l’Expert Foncier sur le terrain pour réaliser des prises de vue des biens mobiliers du fonciers. Les images et informations collectées offrent une nouvelle vision, charge à l’expert de les analyser et de les traiter pour pouvoir répondre le plus favorablement aux requêtes de son mandant. Pour exemple, il est aisé d’imaginer une représentation en 3D d’un bien mobilier après un scan complet du bâtiment par le drone. L’utilisation du drone permet de gagner en fiabilité grâce notamment aux informations précises, rapides et factuelles qu’il délivre.
 

II - Quel drone pour l’expertise foncière ?

Sur le marché français, deux principauxmodèles de drones sont commercialisés : l’aile volante et le quadricoptère.
- La solution de l’aile volante offre une possibilité de survol rapide et précise des grandes étendues. Son autonomie, sa prised’images , sa fiabilité et sa légèreté sont ses principaux atouts. Tout survol statique d’un point ou d’un objet est cependant exclu.
Cette solution est parfaitement adaptée pour réaliser des expertises sur des dommages aux cultures (tempête, gelée, inondation, sécheresse). Son autonomie est de 30 à 40 minutes. 
- Le quadricoptère offre de la polyvalence. Il est en capacité de rester en position statique au-dessus d’un point défini tout en collectant les informations nécessaires à l’expert. Son autonomie de 20 à 30 minutes
lui permet de survoler des parcelles moins importantes que l’aile volante. Le quadricoptère se positionne commeun outil po lyvalent. Il est en capacité de s’adapter aux différentes activités de l’Expert Foncier, qu’elles soient liées au foncier, à l’IARD (Incendie Accident Risques Divers) ou à l’assurance récolte.
 

III - Quels outils pour le traitement des images prises par drone ?

Depuis début 2017, les compagnies d’assurances déploient des partenariats avec de jeunes start-up pour lancer les premières solutions drone au service des experts spécialisés en assurance. L’objectif de cet outil est de rendre « l’inaccessible visible en capturant des images aériennes des sinistres et permettre une évaluation des dommages plus juste, plus fiable et plus rapide ». Cette solution se veut simple d’utilisation, l’expert muni de sa tablette et de son drone avec caméra 4K se positionne à proximité de la parcelle sinistrée. En quelques minutes, les images collectées par le drone ont analysées par la tablette grâce à l’application conçue par la start-up. Dès que le traitement de l’image se termine, la parcelle survolée apparait en une seule
image. Muni de son stylet, l’expert réalise un contournement des zones sinistrées sur l’écran. L’outil se charge du calcul instantané des surfaces dessinées. Les entreprises spécialisées dans le traitement des images transmises par le drone sont peu développées dans le domaine de l’expertise foncière, contrairement à celles spécialisées dans le traitement des informations agricoles. Au printemps 2018, une société spécialisée dans les Outils d’Aide à la Décision (OAD) agricoles, dont la principale cible est le marché agricole a utilisé un OAD dans le cadre d’une démarche d’expertise agricole sur des dommages aux cultures. Contrairement à la solution développée sur tablette, l’entreprise spécialisée dans les OAD collecte des images NDVI (Normalized Difference Vegetation Index) à l’aide d’un capteur multispectral en complément des images visibles enregistrées par la caméra 4K. Grace aux images en NDVI, la biomasse relative est enregistrée et analysable. Le NDVI est sensible à la vigueur de plantes et à la quantité de végétation. Dans cette analyse, trois critères ont été retenus : l’excès d’eau, les dégâts de gibier, le comptage de peuplement. Après survol des parcelles concernées, les éléments suivants ont été mis en avant :
- Excès d’eau :
- surface parcelle 8 ha,
- surface sinistrée 0,08 ha soit 1 %.
- Dégâts de gibier :
- surface parcelle 14,6 ha
- surface sinistrée 1,07 ha soit 7,3 %.
' Comptage de peuplement
- surface parcelle 6,7 ha,
- sol nu 1,5 ha soit 22,2 % de sol non couvert.
 
Diagnostic de l’Expert Foncier par parcelles :
- Excès d’eau : impact sur le rendement final inférieur à 1 %, l’eau a ralenti le développement végétatif de la culture. - Dégâts de gibier : gibier diagnostiqué, surface sinistrée à 100 % par les sangliers sur 0,7 ha soit 4,8 %.
- Comptage de peuplement : pas de perte de peuplement sur la parcelle de 6,7 ha, seule la vigueur des plantes est plus lente sur 0,5 ha.
Lors de l’essai, le drone a apporté une vision panoramique par parcelle et par nature de sinistre. La cartographie des parcelles illustre de manière précise les surfaces où la vigueur des plantes et la quantité de végétation sont identiques et différentes
(Cf. images multispectrales ci-dessous). Cependant l’essai a mis en avant que les images NDVI ne sont pas assez précises au point de donner le pourcentage réel de végétaux détruits. Elles indiquent uniquement la surface où la vigueur est différente
et où le potentiel de rendement est inférieur à la normal sur la parcelle. L’oeil de l’Expert Foncier reste indispensable pour définir le dommage avec précision. Le survol des parcelles sinistrées a été réalisé dans un délai de 2 heures. Le traitement des informations collectées  a nécessité 5 jours. Ce délai est relativement long et s’explique en grande partie par le temps de traitements des images. Un opérateur doit réaliser la cartographie de toutes les données collectées par le drone (NDVI et visibles).
Dès que le mapping est obtenu le logiciel informatique traite les données pour identifier les zones impactées. Les conclusions sont alors retournées à l’expert, charge à lui de les analyser. Cet essai met en évidence que des solutions d’accompagnement de l’Expert Foncier sur le terrain existent, mais qu’elles ne répondent pas précisément à ses problématiques : manque de rapidité, performances limitées, nécessité d’une prise en main de l’outil, réalisation par l’Expert Foncier de son diagnostic terrain.

IV - Quid de la réglementation ?

Depuis le 1er juillet 2018, la loi « Drones » promulguée le 25 octobre 2016 (décret 2018-67) indique que pour « les drones à usages professionnels » les pilotes doivent avoir en leur possession un certificat d’aptitude théorique ainsi qu’une attestation
de suivi de formation pratique et ce quel que soit le poids du drone. Tous les Experts Fonciers qui ont souhaité utiliser un drone dans le cadre de leur activité ont pris connaissance de cette réglementation.
 

V - Conclusion

Il y une multitude de solutions technologiques à assembler pour réaliser son propre outil d’accompagnement à l’expertise foncière et agricole. L’Expert Foncier doit mettre en place une veille technologique afin de suivre l’évolution du marché des drones et des logiciels de traitements des informations.
 
Thibaut MALGAT,  Membre de la CEF (63)
 
 

Experts Fonciers le mag n°12- mars 2019