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Valorisation d'une société commerciale: le cas des négociants en vins

Beaucoup d’entreprises du secteur viticole ont choisi le statut juridique des sociétés commerciales pour exercer leur activité. Cet article se limitera au cas des négociants en vins, acteur majeur du monde viticole, sans aborder le cas des autres activités viticoles, ni des sociétés holding ou cotées.
 

I - Qu’est-ce qu’un négociant en vins ?

 

C’est un intermédiaire entre le producteur et les distributeurs.
Il permet au producteur d’assurer des fonctions commerciales auxquelles il ne pourrait accéder sans recourir à de gros investissements à la fois en personnel et financiers.
Mais le terme « négociant en vins » inclut de nombreux types d’entreprises. Depuis celui qui ne fait qu’acheter et revendre à des distributeurs, sans stocker la moindre bouteille, à celui qui élève les vins et lesvend sous sa marque, les profils sont très
divers.

Ii - La nécessité de connaître le contexte de l’évaluation

 

L’évaluation d’une entreprise commerciale est souvent requise dans deux cas principaux :
- L’évaluation comptable et/ou successorale,
- La cession partielle ou totale.
 
Une analyse préalable est essentielle avant toute évaluation. Elle portera sur les éléments intrinsèques à l’entreprise, mais aussi extérieurs. Il faudra également être attentif au mode de fonctionnement de l’entreprise.
Ainsi, une entreprise en expansion, au regard des données qui précèdent, bénéficiera d’un surcroît de valeur par rapport à une valeur théorique déterminée par les méthodes explicitées ci-après
 

IIi - Les méthodes à disposition

 
Il n’existe pas de méthode « miracle » d’évaluation.
Chacune d’entre-elles apporte une vision de l’entreprise plus ou moins pertinente selon sa taille, son activité, sa situation financière, sa rentabilité, ses perspectives d’évolution et le poids de l’équipe et du cédant dans ses performances.
 
1) Evaluation selon l’approche patrimoniale
 
Sur la base du bilan comptable le plus récent de l’entreprise, il convient de reprendre tous les postes de l’actif et du passif, de les analyser et d’apporter les corrections nécessaires afin d’avoir une image la plus fiable possible de la réalité économique du bilan. La différence entre l’actif net réévalué et le passif corrigé correspondra à la valeur patrimoniale de l’entreprise.
Les actifs incorporels tels que les marques et la clientèle, qui sont de vraies valeurs pour un négociant en vins sont rarement valorisées au bilan. Dans les évaluations, ils sont le plus souvent regroupés dans une survaleur ou « goodwill » dont les
méthodes manquent d’orthodoxie.
L’estimation intégrera également l’ensemble des dettes à court, moyen et long terme exigibles au moment de l’évaluation. Il faudra enfin se poser la question des comptes courants d’associés. Là encore, le contexte de l’évaluation aura un impact sur leur prise en considération.
C’est une méthode simple à appréhender, mais qui est statique et qui n’intègre pas la rentabilité.
Elle est néanmoins très pratiquée et privilégiée par l’administration fiscale.
 
2) Evaluation par comparaison
 
C’est certainement la méthode la plus utilisée en expertise immobilière, mais dans le cas d’évaluation d’entreprises, la démarche est complexe. Elle est particulièrement adaptée à des cessions de commerce pour lesquels il existe un barème. Le plus connu, est celui édité par le « Mémento pratique Evaluation » (Editions Francis Lefebvre).
Elle présente l’avantage d’informer sur le prix de marché à un moment donné. Comme aucune entreprise n’est identique à une autre sur le plan financier, économique et social, cela peut rendre l’évaluation difficile et nécessiter des corrections.
Elle est rarement utilisée pour les négociants en vins, le nombre de références étant insuffisant et présentent trop de variabilité nécessitant d’importantes corrections.
 
3) Evaluation selon la rentabilité actuelle
 
L’approche comparative consiste à apprécier la valeur de la société en considérant ses concurrents et son secteur d’activité.
On peut estimer qu’une entreprise vaut par sa rentabilité, sur la base d’un multiple de ses résultats. Ce multiple dépend de la croissance attendue, du risque et du taux d’intérêt exigé.
Le coefficient multiplicateur dépend du secteur d’activité. Plus il est risqué, plus le multiple est faible.
La difficulté et le savoir-faire de l’Expert Foncier consistent à trouver le coefficient adapté : l’effet de levier pouvant être considérable. Cela suppose d’avoir à sa disposition un « panier d’entreprises comparables » du secteur d’activité à sa disposition.
C’est une méthode simple rapide et pratique qui peut être utilisée pour l’évaluation d’un négociant en vins sous réserves de disposer de données économiques d’entreprises opérant sur le même segment de marché.
 
4) Evaluation selon les perspectives d'avenir
 
La méthode DCF (Discounted Cash-Flow) considère que la valeur de l’entreprise est égale à la somme des flux de trésorerie (cash-flows) prévisionnels des cinq à dix prochaines années.
Ceux-ci sont actualisés avec un taux. A cette valeur s’additionne la revente potentielle en fin de période.
Il faut donc au préalable créer un plan d’affaires visant à estimer la capacité de l’entreprise à dégager des bénéfices.
Ce plan peut être basé sur l’historique de celle-ci projeté dans le futur avec différentes hypothèses de développement plausibles.
Les flux de trésorerie retenus sont généralement l’Excédent Brut d’Exploitation (EBE) duquel on retranche l’impôt, la variation du besoin en fonds de roulement et les investissements (« free cash-flow »).
Le taux d’actualisation est le reflet du niveau de risques.
Ainsi, plus le risque est élevé, plus le taux d’actualisation le sera également.
L’Expert Foncier déterminera enfin une valeur terminale. Elle correspond à la valeur de l’actif économique estimée la dernière année du plan d’affaires.
C’est la méthode la plus fiable d’un point de vue économique et financier. Elle est chiffrée et donne l’impression d’être juste parce qu’elle est précise dans son mode de calcul.
Mais il ne faut pas oublier qu’elle est fondée sur des suppositions de flux futurs et un taux d’actualisation aléatoire.
La conjoncture actuelle nous montre bien à quel point il est difficile d’élaborer des stratégies futures.
 
 
Iv - Mais enfin, quelle est la valeur d'un négociant en vins?
 
 
Il peut exister beaucoup de valeurs selon la ou les méthodes retenues.
L’utilisation couplée de plusieurs méthodes ne permet pas d’obtenir, avec divers coefficients de pondération, un prix moyen, mais plutôt une vision multifacette de l’entreprise.
L’Expert Foncier choisira les valeurs reflétant le mieux le contexte de l’évaluation, le type d’entreprises, ses spécificités et ses performances.
D’une manière générale, la valeur d’une entreprise de petite taille approche le plus souvent celle de son patrimoine.
Lorsque la société atteint une taille importante, la référence à la valeur de productivité ou de rentabilité doit être davantage privilégiée.
Le poids des stocks et de leur financement, l’importance des éléments incorporels dans l’entreprise seront autant de spécificités que l’Expert Foncier prendra en compte dans la valeur terminale.
Il faudra bien toute la perspicacité et le professionnalisme de l’Expert Foncier pour déterminer la juste valeur.
 

 

Bruno LEFORTIER, Expert foncier (33)

 

Experts Fonciers le mag n°15- septembre 2020