Approche de l’évaluation de chevaux de courses et d’élevage trotteurs français

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Le monde du cheval comporte énormément de disciplines qui constituent pour chacune d’entre elles une réelle spécificité. Cet article constitue un focus sur la discipline du trot, et plus précisément sur l’approche de l’évaluation des trotteurs de course et d’élevage. Il met en avant tous les points importants à aborder sur ce type de chevaux pour permettre de mieux appréhender certaines évaluations d’actifs, de sinistres ou pour apporter des conseils à des clients souhaitant réaliser un investissement. Indépendant et expérimenté, l’Expert Foncier est le plus à même de répondre aux attentes.

 

I - Conséquences juridiques du rattachement à l’activité agricole


1) Champ d’application
Depuis la loi précitée, la préparation et l’entrainement des équidés domestiques en vue de leur exploitation est une activité agricole au sens du Code rural (article L 311-1). Le statut du fermage qui  s’applique de plein droit offre beaucoup moins de liberté que le bail commercial, pratiqué jusqu’alors. Précisons que certaines activités équestres restent en dehors du champ d’application du statut du fermage, comme :
- les activités de spectacles (article L 311-1 du Code rural),
- le négoce de chevaux qui reste une activité commerciale,
- la prise en pension pure (Cour de Cassation, Chambre civile 3, 30 octobre 2007),
- le régime des baux de petites parcelles.


2) Conséquences et date de prise d’effet
Rappelons un certain nombre de nouveautés propres au bail rural auxquelles bailleurs et preneurs devront s’astreindre :
- Le loyer est encadré par arrêté préfectoral et évolue suivant un indice annuel.
- La durée de 9 ans est renouvelable tacitement et cessible dans le cadre familial.
- Les facultés de résiliation sont limitées.
- Les possibilités de reprises par le propriétaire restent encadrées.                                                                                                                                                                                                                                                      - La priorité est donnée au locataire en cas de vente.
Une période de transition est prévue à partir du 23 février 2005. En effet, la requalification de bail commercial en bail rural n’est possible que pour les baux conclus ou renouvelés postérieurement à
la promulgation de cette loi (article 105 de la loi d’orientation agricole du 5 janvier 2006). Outre les difficultés juridiques que la loi génère, force est de constater que son application sur le terrain est source de litiges voire de contentieux. Le recours à un Expert Foncier peut s’avérer nécessaire.

II - Introduction 


Tout d’abord, il faut s’immerger dans le monde du trot pour comprendre, que le cheval représente « le rêve », « la satisfaction », « la déception », et que ces trois éléments vont conditionner sa valeur au cours des étapes de sa vie. Il s’agit donc d’une notion abstraite à intégrer constamment lors d’évaluations. La valeur d’un cheval peut varier énormément en peu de temps, suite à une bonne performance, à une blessure, à un manque de forme, à une bonne production, une mode, la législation, etc…

 

II – Présentation du trotteur français


1) Description
Sa hauteur au garrot est généralement comprise entre 1,60 m et 1,70 m. On rencontre quelquefois des trotteurs de 1,55 m ou de 1,75 m. La tendance est à la diminution de la taille qui dépassait très souvent les 1,70 m avant les années 1980. Le «moteur» du trotteur est en effet la poussée de ses postérieurs.


2) Morphologie
Tout d’abord il faut s’assurer, surtout pour un jeune cheval, que les aplombs soient irréprochables. Lancé au trot à grande vitesse, un défaut d’aplomb obligerait le cheval à se percuter les membres, ce qui le ferait prendre le galop et être inapte à la compétition. Ceci est donc un facteur important pour l’estimation. Ensuite, il faut s’attacher à « l’aspect général ». Le cheval doit avoir une allure altière et vive. Concernant la taille, il n’y a pas vraiment de règle ! Il y a en effet nombre d’exemples et de contre exemples concernant les petits ou grands chevaux par rapport à leurs vitesses au trot. Néanmoins, la « tendance » se tourne tout de même vers des chevaux correspondant au standard décrit précédemment. Le dernier point très important est l’aptitude à trotter. Dès son plus jeune âge, le poulain à sa propre manière de trotter (ses allures), bien que non rationnelle. Les allures idéales sont bien évidemment très difficiles à décrire, elles doivent êtres souples, longues et efficaces pour couvrir le maximum de terrain.

3) Dénominations
Chaque période de vie du cheval porte un nom et conditionne également sa valeur.

- Le foal : il s’agit du poulain au sevrage, de la naissance jusqu’au 31 décembre de la même année.
- Le yearling : se dit pour un poulain pendant toute l’année qui suit celle de sa naissance. Les yearlings représentent la majorité des transactions.
- Le cheval de course : c’est le cheval qui participe aux courses hippiques dès l’âge de 2 ans.
- La poulinière : jument autorisée à la reproduction suivant certaines règles.
- L’étalon : cheval autorisé à la reproduction suivant certaines règles.
Il est nécessaire de rappeler qu’avant toute évaluation, il faut absolument vérifier si le cheval a le droit ou non de courir et de se reproduire !

III – Approche d’évaluation


1) Préambule
Trois éléments principaux constituent le prix d’un cheval : le pedigree, le physique et la manière de se déplacer. Plus précisément, les origines, les prix de saillie, les résultats en compétition et/ou
de reproduction conditionnent de manière substantielle le prix des animaux.


2) Evaluer un yearling
Il faut partir du principe que le « prix de base » pour un cheval moyen sain et net, est le prix de la saillie multiplié par deux. En effet en règle générale, les meilleurs étalons saillissent les meilleures juments, ce qui permet d’avoir une certaine logique dans l’évaluation finale. Ensuite il convient d’appliquer des plus ou moins-values en fonctions de différents critères.


a) La lignée maternelle
Capitale, elle apporte environ 70 % du potentiel génétique du futur produit. Il faut donc bien l’analyser en consultant, sur plusieurs générations, la production des mères et grands-mères. Pour cela des bases de données sont consultables via des sites spécialisés.


b) Les aplombs
Comme nous l’avons vu précédemment, les aplombs conditionnent la carrière du cheval, ainsi seule une décote pourra être appliquée. Nous noterons néanmoins que les femelles conserveront une valeur de reproduction alors que les mâles ne seront évalués qu’au prix de boucherie.


c) Physique et allures
Pour évaluer le yearling, il faut observer sa morphologie et le faire se déplacer au trot pour pouvoir juger de sa capacité à courir. Il doit être énergique, aérien, efficace en mouvement, avoir un bon tempérament et comportement.

En conclusion, l’évaluation d’un yearling, reste subjective puisque l’on évalue plus le potentiel, que la réelle valeur du cheval. Néanmoins, ces différents critères d’estimation permettent d’établir un prix
cohérent avec le marché. Leurs valeurs peuvent évoluer très vite si le cheval à l’entrainement s’avère plus ou moins compétitif. Notons nombre d’exemples où des yearlings achetés à prix d’or se sont retrouvés au prix de boucherie quelques mois plus tard, ou bien au contraire un cheval acheté à prix faible devenu champion par la suite. Attention, cette méthode à ses limites pour les « yearlings d’exception ». Ils peuvent atteindre des valeurs hors normes lors de ventes aux enchères.


3) Evaluer une poulinière


a) Préalable
Avant toute évaluation d’une poulinière, il est essentiel de se renseigner sur 3 points indispensables :
- La catégorie de la jument : les juments trotteurs français sont toutes classées selon une grille. Les catégories sont déterminées en fonction des records établis en course du cheval ou de sa descendance.
- Le droit à la reproduction : en fonction de divers critères d’âge, de catégorie, d’ascendance, de victoires, les juments sont jugées aptes ou non à la reproduction.
- Le retrait temporaire de la reproduction : si un certains nombre de ses produits ne se sont pas qualifiés pour les courses aux trots, une poulinière peut être interdite « temporairement » de la reproduction.


b) Calculs
Une fois ces trois vérifications faites, l’évaluation est alors possible. Tout d’abord, si la jument est inapte à la reproduction sa valeur est faible. Elle doit alors être catégorisée comme simple cheval de selle, voire même comme animal de boucherie. La valeur des juments connaît une très forte amplitude en fonction de leurs performances en courses, de leurs pédigrées, de leurs productions. (P/P/P).
Une connaissance du marché et des lignées est fondamentale pour l’évaluation. Une fois que la jument est devenue reproductrice, l’aspect « physique » est moins important que pour un yearling.
Un défaut d’aplomb, un modèle imparfait, ne conditionneront pas forcément une mauvaise production. Les P/P/P priment donc plus que le modèle. L’évaluation par méthode de comparaison,
avec des références de ventes aux enchères sur des lignées et pédigrée similaires sera à privilégier. Ces références sont facilement consultables via internet, sur www.trotting-promotion.com par
exemple. Lorsque la jument est gestante, il faut tenir compte du prix de la saillie qui sera bien souvent à régler à la naissance du poulain (vivant à 48 heures). Une méthode d’évaluation standardisée
est difficile à mettre en avant pour cette catégorie, tellement l’amplitude est grande. De 1 500 e à 150 000 e, voire plus, force est de constater qu’aucune norme n’est applicable.


4) Evaluer un cheval de course
Encore une fois une connaissance du marché est indispensable pour évaluer cette catégorie, il ne faut pas hésiter à se renseigner via les organisations de ventes aux enchères, les courtiers et autres acteurs de transactions. La méthode de comparaison peut également être appliquée. Il faut cependant toujours comparer les gains et records d’un cheval par rapport à son âge.

IV - Conclusion


Il faut toujours avoir en tête, que la valeur d’un cheval peut évoluer très rapidement. Les approches d’évaluation exposées semblent peut-être vastes et de telles amplitudes de valeurs ne permettent pas d’envisager une réelle méthode mathématique. Il en va donc du travail de l’Expert Foncier, qui après avoir intégré les différentes données techniques, renseignements divers et conseils, pourra au mieux
établir son estimation.

Xavier DEMASSE, Expert Foncier (18)

 

Experts Fonciers le mag n°8 - mars 2017